Rapport provisoire sur la restauration d'un chaudron (1998)

Étant donné le nombre considérable d'artefacts mis au jour, le Centre de conservation du Québec a conclu une entente avec le Centre de services de Parcs Canada à Ottawa. Ce laboratoire de conservation a reçu une soixantaine de concrétions mis au jour à l'été de 1996. Toutes ces concrétions ont été radiographiées sous plusieurs angles afin de voir si des matériaux ont subsisté à l'intérieur et, si oui, quel est leur état. Les concrétions creuses renfermaient parfois des impressions d'objets; on pouvait alors en faire des moulages en injectant du caoutchouc ou de l'époxy dans l'espace vide et en brisant les concrétions. On a aussi trouvé divers objets dans les concrétions : fusils, chaussures, textiles, cuirs et bois, pièces de métal et notamment un gros chaudron de fonte.

État du chaudron avant restauration

Les radiographies n'étaient pas concluantes; le chaudron était recouvert de concrétions très épaisses à l'extérieur et à demi rempli de concrétions à l'intérieur. Elles ne révélaient aucun élément de métal massif et le métal du chaudron, comme tel, était en mauvais état. Aucun objet identifiable n'apparaissait sur les radiographies de l'intérieur.

Une partie importante de la masse de concrétions s'était détachée du chaudron durant les fouilles sous-marines, le séparant en deux gros fragments et laissant un troisième fragment fixé à une autre concrétion. À l'intérieur du chaudron, on apercevait le haut d'un textile replié, de même qu'un morceau de cuir ou de tissu. Il semblait y avoir deux poignées, mais il était impossible d'en déterminer l'état. Les parois semblaient avoir de 5 à 8 mm d'épaisseur. Aucun pied n'était visible.

Restauration du chaudron

Le chaudron a été placé dans une chambre réfrigérée à 3 °C, dans une cuve de 500 litres contenant une solution d'eau plate et d'Hostacor KS1 (un inhibiteur de corrosion) à 0,5 %. On a fabriqué un berceau de contre-plaqué pouvant recevoir un grand plateau de plastique peu profond recouvert d'Ethafoam destiné à soutenir le chaudron durant les travaux ou lors des déplacements dans ou hors de la cuve. Il fallait deux personnes pour soulever l'objet, dont le poids approximatif était de 70 à 80 kg.

On a creusé mécaniquement l'intérieur du chaudron afin de déterminer la nature des concrétions là où le tissu était visible. Un outil de dentiste, le Cavitron, et un outil pneumatique avaient donné de bons résultats pour libérer la plupart des fusils de leurs concrétions, mais le Cavitron s'était avéré inefficace (trop lent) pour traiter la plus grande partie du contenu du chaudron. On a donc eu recours à un petit ciseau et à un mini-marteau, jusqu'à l'apparition de ce qui semblait être les poils fins d'une brosse près du fond. En détachant lentement les concrétions avec le Cavitron et le ciseau, on a pu dégager d'autres pièces identifiées comme étant de petites arêtes de poissons, peut-être de morue. La suite des travaux a révélé la présence d'autres os de poissons plus gros. Les tissus mous du poisson avaient été remplacés par du limon et de la roche, mais les os étaient encore en place lors de leur mise au jour. La plus grande prudence s'impose lorsqu'on utilise des outils mécaniques comme des ciseaux ou un Cavitron, car la surface du chaudron est fragile et plus tendre que les concrétions.

En même temps qu'on retirait les concrétions présentes à l'intérieur du chaudron, on enlevait aussi celles qui se trouvaient à l'extérieur afin de réduire le poids et le stress que devaient supporter les parois. Les concrétions à l'extérieur étaient très faciles à retirer : il suffisait de les fragmenter, puis de les soulever. La surface sous-jacente était en très bon état. Après avoir retiré les concrétions sur le bord, on a constaté que celui-ci était fendu en certains endroits et que des morceaux se détachaient. Pour récupérer ces morceaux, il a suffi de retirer les concrétions auxquelles ils étaient fixés et de les bouger jusqu'à ce qu'ils se détachent. Tous les morceaux ainsi détachés, de même que les deux gros fragments obtenus précédemment, ont été placés dans une solution d'Hostacor KS1 à 0,5 %. L'examen approfondi des surfaces exposées par l'enlèvement des concrétions à l'extérieur a révélé tout un réseau de craquelures à la surface. On ignore si ces craquelures étaient déjà présentes sur le chaudron, si elles sont dues aux vibrations associées au retrait des concrétions ou au stress causé par la manutention, ou encore si elles résultent d'une combinaison de ces trois facteurs. Les parois du chaudron étaient flexibles et une légère pression exercée à proximité des craquelures suffisait pour les accentuer ou les atténuer.

Comme un côté et une partie de la base étaient manquants, on savait avant de commencer que le chaudron pouvait se briser une fois les concrétions retirées. À mesure que le haut du chaudron était libéré des concrétions, on l'a recouvert de fil protecteur et de ruban. Quelqu'un a suggéré de recouvrir l'extérieur (une fois complètement dégagé) d'une couche protectrice de polyester, d'époxy, de bandages ou autres posée sur une couche isolante. Cependant, comme il est difficile d'enlever la plupart des couches ainsi appliquées et comme le ruban semblait donner de bons résultats, on n'a pas donné suite à cette suggestion. Les épaisses concrétions du fond à l'extérieur du chaudron ont été laissées en place, non seulement pour supporter le chaudron, mais aussi pour protéger les pieds cachés dans la masse. De même, on n'a pas touché aux concrétions autour des poignées.

Bien que les chaudrons de fonte de cette époque soient extrêmement rares, on sait qu'ils avaient habituellement trois pieds. Les concrétions sur le fond du chaudron n'ont pas été retirées et il se peut qu'un des pieds soit fixé à un fragment manquant mis au jour durant la saison de fouilles 1997. Un autre morceau de pied a été découvert dans une concrétion associée au chaudron (57M16N2-22) et libéré à l'aide d'un Cavitron et d'un petit ciseau. Il s'agit d'un pied droit, terminé par une sorte de boule (griffe) ou de bulbe. Comme pour le chaudron, le métal de ce pied est très minéralisé sous la surface lisse. Dans l'ensemble, le tout est modérément magnétique.

De 60 à 70 % des concrétions à l'extérieur et à l'intérieur du chaudron ont été enlevées. On s'attend à ce que les restes de poisson soient récupérés sous forme de petits ossements (aucun gros os). Les fragments de textile fragiles sont encore fixés aux concrétions du fond. On continuera à retirer les fragments d'objets à l'aide du Cavitron, d'un petit ciseau ou d'un outil pneumatique. Quand tout le matériel à l'intérieur du chaudron aura été récupéré, on retirera la concrétion à l'extérieur du fond.

Il faudra prévoir un support pour les pieds du chaudron, car ils ne pourront pas soutenir le poids du pot. Étant donné la flexibilité du chaudron le long des craquelures, on devra probablement le fragmenter et le recoller après traitement. Des petits fragments serviront d'échantillons pour déterminer la meilleure façon de stabiliser le métal.

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