Interventions d'urgence sur les objets (1997)

De façon générale, après avoir documenté un objet, nous effectuons deux traitements sur le terrain : le dessalement par l'eau et la fabrication d'un emballage qui le supporte. En ce qui a trait à la fabrication du support, il doit être adapté à la fragilité mécanique de l'objet. En d'autres mots, l'emballage doit permettre de le stabiliser physiquement. Par exemple, un soulier, lorsqu'il est découvert dans l'eau, est soutenu en tous points par le sable qui s'est infiltré à l'intérieur. Distribué sous le cambrion (l'arc du pied) et dans le pied, le sable permet de maintenir sa forme originelle, même si pendant ce temps le cuir se détériore. Une fois sortie de l'eau, la chaussure n'a toutefois plus la résistance mécanique de ses années d'utilisation. On doit donc tailler des mousses adaptées à sa forme, de façon à créer un support équivalent.

D'autres objets, trop fragiles, ne peuvent subir ce genre de traitement. Comme souvent en restauration, il faut néanmoins intervenir sur le chantier, dans des conditions moins bonnes qu'en laboratoire, faute de quoi l'information et l'objet seront perdus. Deux objets ont demandé une attention particulière. Il s'agit de deux cartouches : l'une se présentait sous la forme d'un tube en papier et l'autre consistait en une empreinte de cartouche en papier, visible dans une concrétion. Il est difficile d'imaginer que du papier puisse se conserver pendant 300 ans, dans un site terrestre ou sous-marin, mais l'épave de la flotte de Phips a livré plusieurs artefacts qui présentaient des défis aux conservateurs !

Déjà en 1996, un ensemble de cartouches en papier avait été traité sur le terrain. La radiographie montrait qu'elles étaient constituées d'un mélange de concrétions, de sédiments qui étaient à l'origine de la poudre de canon, et d'une ou deux balles de plomb. Le tout était enroulé dans du papier.

Cet ensemble de cartouches en papier a été traité sur le terrain. Le papier avait fort probablement changé d'aspect parce que la cellulose s'était imprégnée de produits de corrosion et de sédiments de concrétions. Néanmoins, on discernait nettement la pellicule de papier autour du cylindre, qui était devenue très friable même dans l'eau. Les cartouches ont été consolidées en les immergeant dans une résine acrylique (acrysol WS24) en solution dans de l'eau. La résine véhiculée par l'eau pénètre dans la matière et, en séchant, solidifie tant les sédiments à l'intérieur du rouleau que le papier lui-même.

La cartouche trouvée en 1997 ne faisait pas partie d'un ensemble. Lors du constat d'état, on a pu identifier le rouleau de papier sortant d'une petite concrétion. Puisqu'il s'agissait d'un objet isolé, il n'a pas été immergé dans un consolidant. Plutôt, il a été badigeonné au pinceau avec la même résine acrylique, tout d'abord à faible concentration pour permettre une meilleure pénétration, puis à plus forte concentration pour obtenir une bonne cohésion du papier, à tout le moins en surface. De retour au Centre de conservation du Québec, la cartouche a été minutieusement dégagée de la concrétion.

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