Avis d'intenantion de classement – Le panorama intitulé Le <em>Cyclorama de Jérusalem</em> et sa rotonde

GOUVERNEMENT DU QUÉBEC
MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DES COMMUNICATIONS

AVIS D’INTENTION DE
CLASSEMENT D’UN BIEN PATRIMONIAL

LE PANORAMA INTITULÉ LE CYCLORAMA DE JÉRUSALEM ET SA ROTONDE
(SAINTE-ANNE-DE-BEAUPRÉ)

Le ministre de la Culture et des Communications et ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française, M. LUC FORTIN, donne avis :

QU’en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel, il a l’intention de procéder au classement de ces biens comme objet et immeuble patrimoniaux :

1) Le panorama intitulé Le Cyclorama de Jérusalem, exécuté aux États-Unis, en 1887 ou en 1888, par les peintres Oliver Dennett Grover, Charles Corwin, Salvador Mège, Edward James Austen et Ernest Gros, mesurant 14 mètres de hauteur et 110 mètres de longueur;

2) La rotonde du panorama intitulé Le Cyclorama de Jérusalem, sise au 8, rue du Sanctuaire, dans la ville de Sainte-Anne-de-Beaupré, et son terrain connu et désigné comme étant le lot TROIS MILLIONS HUIT CENT SEIZE MILLE SOIXANTE ET ONZE (3 816 071) du cadastre du Québec, circonscription foncière de Montmorency;

L’avis d’intention de classement vise l’extérieur et l’intérieur de la rotonde et du portique, ainsi que l’extérieur de l’annexe abritant la boutique et l’enseigne en bordure du boulevard Sainte-Anne.

QUE ce geste repose sur les motifs suivants :

Le panorama intitulé Le Cyclorama de Jérusalem et sa rotonde présentent un intérêt patrimonial pour leur valeur historique. Ils témoignent d’un phénomène de divertissement fort populaire au cours du XIXe siècle dans les villes occidentales et dans les expositions universelles, soit la présentation de panoramas. Dans les dernières décennies du XIXe siècle, plusieurs entreprises sont fondées pour produire des panoramas, de même que leurs rotondes respectives, en vue de les exploiter à des fins commerciales et d’assurer leur circulation dans les grandes villes. Le panorama intitulé Le Cyclorama de Jérusalem et sa rotonde sont d’abord aménagés en 1888, à Montréal, pour les hommes d’affaires George Hutton Patterson, de cette ville, et Charles H. Greene et Herman Kimbel, de New York. Ils sont par la suite acquis par Ubalde Plourde et déménagés en 1895 à Saint-Anne-de-Beaupré, à proximité de la basilique, un important lieu de pèlerinage. Le Cyclorama de Jérusalem, exploité à Sainte-Anne-de-Beaupré depuis ce temps, est l’un des trois seuls panoramas du XIXe siècle conservés en Amérique du Nord, et le seul au Québec et au Canada. Il est aussi le seul panorama toujours logé dans sa rotonde originale en Amérique du Nord. Le panorama et sa rotonde sont donc de rares témoins de ce divertissement du XIXe siècle;

Le panorama intitulé Le Cyclorama de Jérusalem présente aussi un intérêt patrimonial pour sa valeur artistique. Il est exécuté en 1887 ou en 1888, aux États-Unis, probablement à Chicago ou à New York, par une équipe de peintres formée par Oliver Dennett Grover, Charles Corwin, Salvador Mège, Edward James Austen et Ernest Gros, qui ont tous contribué à la réalisation d’autres panoramas. La conception de cette œuvre est inspirée d’un panorama peint à Munich en 1886 par Elimar Ulrich Bruno Piglhein, mais détruit dans un incendie en 1892. Ce panorama a servi de modèle à plus d’une douzaine d’autres tableaux panoramiques réalisés sur le thème de Jérusalem au moment de la crucifixion. Avec celui de Sainte-Anne-de-Beaupré, un seul autre de ces panoramas a résisté au passage du temps, soit celui d’Altötting, en Allemagne, peint en 1892. Le Cyclorama de Jérusalem est restauré par le peintre Christo Stefanoff à la suite de l’affaissement d’une partie du toit de la rotonde, qui survient en 1957. Ce dernier réalise aussi le nouveau faux terrain. Ce panorama peut être considéré comme une œuvre d’art spectacle associée à un mode de divertissement d’un autre siècle;

La rotonde du Cyclorama de Jérusalem présente également un intérêt patrimonial pour sa valeur architecturale. Elle est conçue d’après les plans d’Ernest Pierpont, un médecin de Chicago et homme d’affaires travaillant dans la production des panoramas, pour accueillir le Cyclorama de Jérusalem. Le bâtiment de plan polygonal possède 16 côtés originellement parés de briques. Des poutres en treillis, renforcées par des supports d’acier, supportent le toit brisé. Son espace intérieur comprend notamment un couloir et un escalier permettant au public d’accéder, dans la noirceur, à une plate-forme d’observation de la toile suspendue. Construite à Montréal en 1888 ou en 1889, cette rotonde est déménagée en 1895 à Sainte-Anne-de-Beaupré, avec son panorama. De 1925 à 1927, des bâtiments annexes sont ajoutés à la rotonde et l’ensemble est décoré dans un style néobyzantin, selon les plans de l’architecte Raoul Chênevert. La rotonde est consolidée à la suite de l’affaissement du toit en 1957 et son parement extérieur est remplacé au cours des années 1980 par un revêtement en acier émaillé, mais conserve un décor néobyzantin. La rotonde du Cyclorama de Jérusalem est l’un des seuls bâtiments de cette typologie à être conservé et à servir à la présentation d’un panorama en Amérique du Nord.

Le ministre de la Culture et des Communications et ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française donne également avis :

QUE toute personne intéressée peut, dans les soixante (60) jours de la transmission du présent avis, faire des représentations auprès du Conseil du patrimoine culturel du Québec;

QU’il prendra l’avis du Conseil du patrimoine culturel du Québec sur l’opportunité de procéder au classement de ces biens patrimoniaux;

QUE si le classement de ces biens se réalise, celui-ci prendra effet à compter de la transmission du présent avis conformément à la Loi sur le patrimoine culturel;

QUE l’avis d’intention devient sans effet si l’avis de classement, accompagné d’une liste des éléments caractéristiques de ces biens patrimoniaux classés, n’est pas transmis au propriétaire des biens ou à celui qui en a la garde, dans un délai d’un an à compter de la date de la transmission de l’avis d’intention ou dans un délai de deux ans à compter de cette même date s’il y a eu prorogation de l’avis d’intention.


Signé à Québec, ce 14 août 2017


Le ministre,

LUC FORTIN

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