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Patrimoine

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Infolettre sur le patrimoine culturel

11 décembre 2013

Découverte inusitée d'une poterie amérindienne dans les Laurentides

À la fin du mois d'octobre dernier, une poterie huronne entièrement préservée a été découverte par M. Jean-Louis Courteau  et son acolyte M. Jacques Lech, lors d'une plongée dans le lac des Seize Îles, un lac qui s'étire sur 5 km et qui est situé à environ 22 km à l'ouest de Saint-Sauveur-des-Monts, dans les Laurentides. La poterie, qu'on dit huronne à cause de ses caractéristiques physiques distinctives, pouvait contenir deux litres d'aliments. Elle est dans un excellent état de conservation, un phénomène rare à cause de son âge, dû au fait qu'elle a été trouvée au fond de l'eau dans un environnement stable. Ce n'est pas la première fois qu'une telle découverte se produit. La dernière remonte à l'an 2000, alors qu'un plongeur trouvait une poterie complète encore plus ancienne au fond du lac Memphrémagog.

Que faisait la poterie huronne au fond du lac ?

Tout permet de croire qu'il s'agit d'une découverte isolée et que son abandon s'est probablement produit lors de la traversée du lac il y a plus de cinq cents ans, alors que les Amérindiens parcouraient le territoire au nord de la rivière Outaouais. Une mise en contexte historique s'avérera toutefois nécessaire pour expliquer plus précisément la présence de ce vase dans la région.

Qu'en disent les archéologues ?

Un courriel de l'archéologue Roland Tremblay décrit bien le vase et son état actuel :

« C'est un petit vase huron, complet, d'une capacité d'environ 2 litres tout au plus, portant un court parement et une crestellation à bout plat. Il fait environ 14 cm de haut et le diamètre de la panse fait environ 18 cm à son plus large. Sa pâte semble en bon état, le vase est assez solide, mais il présente néanmoins quelques petites fissures qui pourraient constituer des points de faiblesse éventuels et qui devront être évaluées et stabilisées par l'équipe du Centre de conservation du Québec… Ce vase est d'un type commun de la tradition huronne de la toute fin du Sylvicole supérieur et du début de la période historique. »

Il faudra toutefois poursuivre une analyse plus poussée du vase. Entre autres, il faudra le comparer avec d'autres vases hurons de la même période et poursuivre l'analyse de ses caractéristiques pour le situer encore mieux sur les plans chronologique, stylistique et culturel : à quoi servait-il ? ces décors sont-ils typiques de l'époque ? Les spécialistes en culture matérielle amérindienne se réjouiront sans doute de l'analyse de ce vase remarquable.

Qu'adviendra-t-il de la poterie ?

Conscient de l'importance de sa découverte, M. Courteau a communiqué avec le ministère de la Culture et des Communications pour se conformer à la Loi sur le patrimoine culturel ; il a rédigé un avis de découverte et envoyé les informations requises sur sa localisation, sa description et son état actuel, le tout accompagné de photos de l'objet. L'auteur de la découverte savait aussi qu'il fallait assurer sa conservation : il a pris les moyens de conserver la poterie humide et d'éviter tout choc qui aurait aggravé les fissures apparentes sur celles-ci, en l'installant confortablement dans une boîte solide. Guidé par André Bergeron du Centre de conservation du Québec, il a réglé les derniers préparatifs en vue du transport sécuritaire à Québec. Celui-ci s'est déroulé en collaboration avec les collègues de la Direction de Laval, de Lanaudière et des Laurentides, Isabelle Huppé et Dimitri Latulippe. Heureusement, le vase est arrivé sain et sauf au Laboratoire et à la Réserve d'archéologie du Québec et a immédiatement été examiné par André Bergeron. Celui-ci portera aussi une attention particulière à l'intérieur du vase puisque la paroi intérieure porte une couche de croûtes carbonisées, des restes de cuisson d'aliments.

Comme cela a été convenu avec M. Courteau, le vase est maintenant en lieu sûr et fera l'objet de traitements pour assurer sa conservation à long terme. Une entente a aussi été prise entre le Ministère et M. Courteau pour que ce dernier puisse être tenu au courant des recherches faites sur l'objet et sur d'éventuels projets d'exposition. Pour sa part, le Ministère songe maintenant à procéder à une analyse plus complète de l'objet.

La découverte et la loi

Plusieurs lois s'appliquent dans la présente situation puisqu'il a été trouvé au fond de l'eau et que le gouvernement fédéral intervient également dans un tel contexte. Plus précisément, le rôle du gouvernement fédéral consiste à identifier le propriétaire de « l'épave », qui peut être une embarcation, mais aussi un objet provenant de celui-ci. Toutefois, vu qu'il s'agit d'un objet isolé, il n'est pas considéré comme une épave au sens de la Loi sur la marine marchande. C'est ensuite que la Loi sur le patrimoine culturel du Québec s'applique et que la découverte doit être déclarée au Ministère. Quant à la propriété de l'objet, il faut déterminer sur quelle propriété l'objet a été trouvé et sa valeur. Comme l'objet a été trouvé au fond du lac des Seize Îles dans les Laurentides, il relève, en conséquence, des terres du domaine de l'État. En d'autres mots, il s'agit d'un bien qui appartient à tous, à la collectivité. Quant à sa valeur, il ne s'agit pas d'un trésor au sens du Code civil puisqu'il s'agit d'un objet archéologique, un artéfact qui a été abandonné il y a plusieurs siècles.

Une responsabilité citoyenne

Sans la collaboration de M. Courteau, la découverte de la poterie amérindienne n'aurait vraisemblablement pas été connue. Il aurait pu tout aussi bien garder sa découverte confidentielle, mais il a préféré la partager au bénéfice de tout le monde. Son geste est d'autant plus grand que, durant les journées suivant la découverte, plusieurs sentiments contradictoires l'habitaient quant à ce qu'il pouvait en retirer. Son sens civique a toutefois pris le dessus. Un autre facteur qui a contribué à sa décision a été le fait d'échanger avec les archéologues qui étaient aussi fascinés que lui par le vase amérindien. En conclusion, au-delà de son obligation légale, M. Courteau a ressenti un sentiment de fierté, puis d'accomplissement en remettant le vase dans les mains de ceux et de celles qui pourront le faire connaître, l'étudier et le mettre en valeur.

Pierre Desrosiers, archéologue
Direction de l'archéologie et des institutions muséales

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