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Allocutions

Monsieur Maka Kotto ministre de la Culture et des Communications.

Allocution de monsieur Maka Kotto
Ministre de la Culture et des Communications


Notes pour une allocution du ministre de la Culture et des Communications, monsieur Maka Kotto, à l'occasion de l'ouverture du forum La chanson québécoise en mutation.

Montréal, le 4 février 2013.

Le texte lu fait foi.

Quelle belle confluence culturelle ! Je suis heureux de voir ici converger deux importants fleuves de mon ministère, le CALQ et la SODEC, dans une réflexion porteuse de sens et d'espoir...

Monsieur Yvan Gauthier, président-directeur général du CALQ,

Monsieur François Macerola, président-directeur général de la SODEC,

Monsieur Louis-Jean Cormier,

Madame Pascale Picard,

Monsieur Marc Chabot,

Chers amis,

À toutes et à tous ici réunis, merci d'être là et merci de consacrer les deux prochains jours au devenir de ce qui fut, est et sera toujours, par sa réelle capacité de nous toucher toutes et tous, un des plus beaux fleurons de la culture québécoise.

Certes, la chanson québécoise est en mutation, mais elle rallie encore et toujours, comme figure emblématique de la culture québécoise, ses artisans, ses auditeurs et spectateurs partout au Québec.

Le processus de création, le talent, la passion et l'originalité de nos auteurs-compositeurs-interprètes sont toujours bien présents, bien ancrés.

Aujourd'hui, la véritable question est de savoir comment tirer le meilleur parti possible de ces outils toujours plus performants qui court-circuitent la chaîne traditionnelle menant l'œuvre du créateur jusqu'au public.

Ce forum propose ainsi de mieux comprendre ces nouvelles réalités et, surtout, d'énoncer des pistes, des orientations et des mesures originales de soutien à la chanson québécoise et à tous ses artisans, quelles que soient leurs origines sociales et culturelles...

Par ailleurs, justement en phase avec ce que vit le reste de cette planète, les façons de faire changent, de la création jusqu'à la diffusion, en raison des technologies numériques qui ne cessent d'évoluer.

Aussi, de concert avec le CALQ et la SODEC, nous travaillons actuellement à l'élaboration et la mise en place d'une stratégie ministérielle du numérique en culture.

Quant au soutien à la chanson québécoise, NOUS – le ministère de la Culture et des Communications, le CALQ et la SODEC – y consacrons des ressources importantes à la création, à la production et à la diffusion, ici et à l'étranger.

Par ailleurs, je tiens à préciser que plus du tiers de la programmation des diffuseurs pluridisciplinaires au Québec est consacré exclusivement à la chanson.

Je veux donc ici témoigner ma reconnaissance à l'endroit de ces diffuseurs pour le rôle de premier plan qu'ils jouent dans la rencontre des créateurs avec leur public.

Notre ministère est également très fier de compter, parmi ses principaux partenaires en arts de la scène, les réseaux de diffuseurs qui sont porteurs d'événements annuels majeurs ayant des répercussions fort considérables sur la circulation et la diffusion de la chanson au Québec.

Ces réseaux constituent l'un des plus précieux et des plus puissants outils de circulation et de diffusion de la chanson dans l'ensemble du territoire national.

Lors de ce forum, vous allez vous pencher sur des questions essentielles et des pistes de solutions pour l'avenir de notre chanson. Et ces solutions, je veux les entendre.

Sachez que je suis très conscient du fait qu'il faille notamment trouver une solution aux problèmes de la juste rémunération de chacun des intervenants, principalement des auteurs, compositeurs et interprètes. Sans eux, rien n'est possible.

Pour nous, en effet, favoriser l'accès aux œuvres ne peut se faire au détriment des créateurs. Ils sont l'alpha et l'oméga de cette culture unique qui forge notre identité et ils méritent notre reconnaissance, notre respect et notre admiration. Je dirais même qu'ils sont indispensables à notre équilibre, comme individu certes, mais également comme société. Il est impératif de respecter les droits de nos artistes sur leurs œuvres et de leur permettre de vivre décemment de leur art.

À cet égard, notre gouvernement entend s'acquitter des droits d'auteur, et ce, en dépit de l'adoption du projet de loi C-11 du gouvernement fédéral. Je rappelle que notre Assemblée nationale a fait adopter, à l'unanimité, une motion pour dénoncer ce projet de loi fédéral.

N'est-ce pas là une autre bonne raison de devenir seul maître de notre destin culturel ?... Bref.

Depuis les années 60, la chanson québécoise a porté les rêves et les aspirations du peuple québécois et a contribué pour une large part à la vitalité et au rayonnement de sa culture.

L'histoire nous rapporte que déjà, en 1969, Pierre Jobin, alors agent artistique et ami de Félix Leclerc, écrivait dans la revue Relations, et je cite : « Grande, noble, la chanson québécoise est, que cela nous plaise ou non, notre patrimoine culturel le plus important. […] Et, plus que sa naissance, c'est sa croissance qui nous stupéfie. […] nos chansonniers, en moins de dix ans, ont cumulé plus de titres qu'il n'en fallait pour permettre à la chanson québécoise de vivre librement, identifiée comme une réalité culturelle indépendante et non pas simplement comme une activité marginale d'une quelconque littérature »...

En effet, que serait le Québec sans les mots et la musique de tous les auteurs, les compositeurs et les interprètes de chez nous et de leurs chansons qui nous ont émus, touchés, sensibilisés, voire même galvanisés depuis un demi-siècle ? Ils se sont inscrits magistralement dans une longue liste de talents qui ferait un hymne magnifique… Comme l'a écrit le regretté Bruno Roy, « chanson et poésie unissent la communauté des êtres et des lieux dans un temps et un espace reconsidérés ».

Si le cœur et l'âme y sont toujours, les réalités, cependant, ont changé, et nous devons maintenant nous y adapter, afin que cette contribution exceptionnelle puisse se poursuivre et rayonner ici et à travers le monde. L'important est que le processus de création demeure bien vivant.

En terminant, si vous le permettez, je mets mon chapeau d'auteur. Oui, oui, je déclare mes intérêts, car je m'en voudrai de quitter ces lieux sans toucher à une dimension majeure que, moi, auteur, je n'ai pas le droit de ne pas toucher : la réalité de LA CRÉATION comme telle, dans l'ensemble de la problématique.

J'attire donc votre attention sur le fait qu'à l'occasion de ce forum nous discutions tous ensemble de ce que nous pourrions faire tous ensemble à propos des enjeux qui nous touchent tous ensemble.

Mais il arrive aussi que je sois un peu comme plusieurs d'entre vous : j'écris, j'ai écrit et j'écrirai toujours. Je n'écris pas de chansons, mais c'est pareil. Or, personne n'arrivera jamais à me dissuader du fait que tout, absolument tout ce dont vous parlerez dans ce forum part de là, de l'écriture, de cet acte fondateur mais infiniment solitaire qu'est l'écriture.

Nous parlons généralement peu de l'écriture, de l'écriture comme telle, de l'écriture comme acte antérieur à la production et à l'interprétation, nous en parlons rarement, et nous le faisons avec difficulté, en raison de son caractère intangible et subjectif, qui le fait passer pour hors d'atteinte de toute réflexion rationnelle et objective.

Mais il faudra bien arriver un jour à parler de « l'art d'écrire », cette chose que chaque auteur pratique tout seul dans son coin, avec pas plus qu'un crayon et un papier.

Nous avons, vous et moi, le défi de faire en sorte qu'un jour tous ces créateurs, ces gens qui travaillent seuls, s'ils arrivent à voir qu'ils ne sont pas seuls à travailler tout seuls, finiront par se sentir moins seuls, moins seuls à exercer leur art, moins seuls à développer leur art et à le comprendre, moins seuls à le promouvoir et à le défendre.

Il vous incombe, il NOUS incombe, de relever ce défi, parmi tous les autres, ici identifiés aujourd'hui.

Finalement, il nous incombe d'être réceptifs, ouverts et créatifs pour que ce forum soit l'amorce d'une ère nouvelle pour la chanson québécoise. Nous lui devons bien cela…

Merci et bonne journée.

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